La Toyota Corolla WRC est l’une des voitures de rallye les plus emblématiques de la fin des années 1990. Engagée par le Toyota Castrol Team de 1997 à 1999, cette World Rally Car basée sur la Corolla E110 a permis à Toyota de décrocher le titre du Championnat du Monde des Constructeurs WRC en 1999, quatre ans seulement après la suspension de l’équipe pour irrégularité technique.
Pilotée par Carlos Sainz et Didier Auriol, la Toyota Corolla WRC a remporté 4 victoires et 30 podiums en WRC, avec un moteur 3S-GTE turbo de 299 ch et une transmission intégrale 4 roues motrices. Retour sur l’histoire, la fiche technique complète et le palmarès d’une voiture de légende.
Le contexte : un retour sur la pointe des pieds
Pour comprendre ce que représente la Corolla WRC, il faut replonger dans le scandale de 1995. La Toyota Celica GT-Four ST205 est disqualifiée du Rallye de Catalogne après découverte d’un système de restriction d’air modifié — une tricherie caractérisée. La FIA frappe fort : exclusion des résultats et suspension d’un an. Didier Auriol, champion du monde 1994, se retrouve sans volant.
Le géant japonais choisit de reconstruire. Dès 1996, les ingénieurs de Toyota Motorsport GmbH, basés à Cologne, planchent sur un projet totalement nouveau. La base : la Corolla E110, une compacte trois portes — une voiture que personne n’imaginerait sur une spéciale de rallye.
La nouvelle réglementation « World Rally Car » de 1997 offre une liberté de développement inédite. Toyota saisit cette opportunité à bras le corps.
— Sources officielles Toyota, 1997
Sous la carrosserie : un monstre discret
Extérieurement, la Corolla WRC garde une vague ressemblance avec sa sœur de route. Mais la similitude s’arrête là. Pour transformer la coque de série en machine de compétition, pas moins de 400 heures de travail sont nécessaires sur chaque châssis.
Le moteur est un 4 cylindres 3S-GTE de 1 998 cm³ équipé d’un turbo Toyota CT20 à refroidissement par eau. Il développe officiellement 299 ch — le seuil FIA. Dans les paddocks, on murmurait plutôt 350 ch. Le couple dépassait les 500 Nm. La boîte séquentielle 6 rapports et les différentiels actifs offrent une répartition du poids de 54,4 % sur l’essieu avant, bien supérieure à la Celica (61 %).
Fiche technique
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Moteur | 3S-GTE 4 cyl. turbo 1 998 cm³ |
| Puissance | 299 ch à 5 700 tr/min |
| Couple | > 500 Nm |
| Transmission | 4×4 intégral, séquentielle 6 rap. |
| Longueur | 4 100 mm |
| Empattement | 2 465 mm |
| Poids | 1 230 kg |
| Pneumatiques | Michelin |
| Constructeur | Toyota Motorsport GmbH, Cologne |
Les hommes derrière le volant
Au fil de ses trois saisons en WRC, la Corolla a été confiée à une galerie de pilotes remarquable, dont plusieurs futures légendes du sport automobile.
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Carlos Sainz
🇪🇸 Espagne · « El Matador »
Double champion du monde (1990, 1992), Sainz rejoint Toyota en 1998. Auteur de 2 victoires avec la Corolla (Monte-Carlo et Nouvelle-Zélande 1998), il manque le titre à 2 points — une bielle brisée à 500 mètres de l’arrivée en Grande-Bretagne.
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Didier Auriol
🇫🇷 France · Champion du monde 1994
Fidèle à Toyota depuis ses grandes années Celica, Auriol pilote la Corolla dès 1997. Il remporte 2 victoires (Catalogne 1998, Chine 1999), cette dernière décisive pour le titre constructeurs.
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Marcus Grönholm
🇫🇮 Finlande · Future légende
Jeune talent en 1997, il impressionne dès le Rallye de Finlande. Il deviendra double champion du monde en 2000 et 2002 avec Peugeot. La Corolla fut l’une de ses premières armes WRC.
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Loeb & Rossi
🇫🇷🇮🇹 Apparitions remarquées
Sébastien Loeb et Valentino Rossi ont tous deux piloté une Corolla WRC lors d’engagements ponctuels.
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Historique saison par saison
La Corolla WRC est présentée en juillet 1997 et fait ses débuts WRC en Finlande avec Auriol et Grönholm. Le jeune Finlandais mène brièvement la course. En Australie, Auriol décroche le premier podium de la voiture avec une 3e place. La suite s’annonce prometteuse.
Sainz s’impose dès Monte-Carlo — première victoire WRC de la Corolla. Auriol gagne en Catalogne, Sainz récidive en Nouvelle-Zélande. À la dernière manche en Grande-Bretagne, Mäkinen sort de la route, Sainz est en tête. Puis à 500 mètres de l’arrivée, une bielle casse. L’un des drames les plus cruels de l’histoire du WRC.
Sainz accumule huit podiums. C’est Auriol qui porte l’équipe avec une victoire décisive en Chine — cinq meilleurs temps sur six spéciales, presque une minute d’avance. Toyota remporte le titre constructeurs 1999, effaçant la honte de 1995. La Corolla est élue « Rally Car of the Year » par Autosport.
Au sommet de sa gloire, Toyota annonce son retrait pour entrer en Formule 1 en 2002. La Corolla WRC est rangée dans les musées. Toyota ne reviendra en WRC que dix-huit ans plus tard avec la Yaris WRC en 2017.
Palmarès en Championnat du Monde WRC
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Victoires
4
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Podiums (carrière)
30
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Titre constructeurs
1999
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Rallyes disputés
32
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| # | Rallye | Saison | Pilote | Copilote |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Monte-Carlo 1re victoire | 1998 | Carlos Sainz | Luis Moya |
| 2 | Catalogne | 1998 | Didier Auriol | Denis Giraudet |
| 3 | Nouvelle-Zélande | 1998 | Carlos Sainz | Luis Moya |
| 4 | Chine Titre constructeurs | 1999 | Didier Auriol | Denis Giraudet |
Épilogue : l’héritage d’une voiture de caractère
La Toyota Corolla WRC n’aura disputé que trois saisons et trente-deux rallyes. Un palmarès chiffré modeste au regard des grandes dynasties du WRC. Mais l’histoire ne se mesure pas seulement en chiffres.
Elle se mesure à la trajectoire d’un constructeur relevé de sa disgrâce, d’une équipe reconstruite dans l’ombre. Au drame de 1998, à ces cinq cents mètres qui ont changé le destin de Carlos Sainz. À la sérénité conquise en 1999, quand Auriol a mis fin à quatre ans de purgatoire par une victoire cinglante en Chine.
Vingt-cinq ans plus tard, la Corolla WRC reste l’un des symboles les plus forts de ce que le rallye peut produire de plus romanesque : une voiture née sous les pires auspices, qui a su transformer la honte en titre mondial. Tout simplement inoubliable.
